Culturel

Safia dans de beaux draps

Crédit photo: David-Olivier Gascon
facebook.com/davidogascon Crédit photo: David-Olivier Gascon facebook.com/davidogascon

Que son « kit de l’ADISQ » ait été planifié pour faire jaser ou qu’elle n’ait pas eu le temps de faire son lavage avant le gala de dimanche, je m’en fous. Depuis quelques jours, j’ai envie de faire un gros câlin à Safia Nolin. Je me souviens trop bien de mon début de soirée en 1988 alors que j’allais moi aussi chercher mon Félix.

J’habitais encore chez ma mère. Je me suis préparée toute seule dans la petite salle de bain de notre triplex sur la rue Garnier sans trop savoir comment gérer l’inconnu. J’ai maquillé ma nervosité à coups de pinceaux. J’en ai mis du fond de teint! J’ai mis tellement de gel dans mes cheveux que j’avais l’air d’un chien piteux. Devant la glace, ce que je voyais, c’était une jeune fille de 17 ans qui allait affronter le monde du show business. Le CD était sorti quelques mois auparavant, mais ce soir-là, j’allais me présenter à toute la communauté artistique d’un seul coup. Qu’allais-je dire si jamais on m’invitait sur scène? C’était déjà trop de l’imaginer. Les idées se bousculaient dans ma tête. Par où commencer?

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Un peu avant le gala, mon gérant Pierre Gendron m’avait lancé une blague.
« Le trophée découverte, c’est le trophée Linen Chest! Des couvertes… »
Ça m’avait fait rire. Ça allait sûrement faire rire les gens aussi! Je ne suis pas Louis-José Houde et je n’avais malheureusement pas répété mon liner pendant des mois.

Aujourd’hui, Safia se retrouve dans de beaux draps d’être la « des-couvertes » de l’année. Elle n’a sûrement pas répété longtemps son liner et elle a voulu faire un clin d’œil à sa sœur comme elle l’aurait sûrement fait dans son salon. C’est juste qu’à l’ADISQ, le salon est grand.

Comme chantait Diane Dufresne, faut qu’il y en ait une qui le fasse et dimanche dernier, ce fut au tour de Safia de faire les manchettes. Au moins, il s’est passé quelque chose dans ce gala qui quelquefois peut manquer de couleur. Reste que Kevin Parent a déjà porté le même type d’accoutrement en 1996 et je me souviens que cela avait fait jaser le lendemain.

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Il n’avait toutefois par reçu des commentaires aussi déplacés. On s’attend toujours d’une femme qu’elle soit sur son 36 et quand elle l’est, on cherche à trouver quelque chose pour lui faire perdre sa dignité. Ce que j’aime, c’est que le look de Safia est le même que je vois sur ma nièce de 16 ans et sur toute une génération de filles qui ne se mettront pas cute pour plaire.

Cette même génération qui est née avec le virtuel et qui peut être intimidée aussi vite que l’éclair en 140 caractères. Il faut être résistant et dénoncer. Autant qu’il m’a fallu l’être en 1988 pour assimiler la dégénérescence des propos tenus sur les lignes ouvertes le lendemain du gala. Il n’y a que quelques heures de décalage entre l’instantanéité de 2016 et la rapidité des médias il y a 25 ans, mais l’effet est tout aussi ravageur. Le lendemain, après les tonnes de commentaires disgracieux, le journaliste Pierre Nadeau qui avait eu pitié de moi m’avait invitée à m’expliquer à son émission de fin de soirée. Ce n’était pas mon environnement, mais j’ai relevé le défi. Safia a eu la possibilité de s’expliquer dans ses mots sur Urbania et j’aurais peut-être aussi aimé pouvoir le faire. Mais dans le temps, le web n’existait pas.

Safia, ton album — avec ta douce voix dessus — est aujourd’hui #1 sur iTunes. J’espère que malgré la douleur de recevoir des critiques par la tête (on ne s’habitue jamais, que ce soit dans la cour d’école ou écrit dans un journal) tu puisses savourer le moment et saisir l’occasion de te faire connaitre encore mieux. Si jamais tu as besoin de débriefer, je suis là. Si tu veux te préparer la prochaine fois, je pourrai te faire répéter dans mon salon. Mais de toute manière, tu l’as déjà compris et tes fans t’aiment pour ça, c’est dans la simplicité et l’authenticité que l’on est grand. Tu peux toujours dire un mot, le meilleur, à la manière de Gerry, maaarci!

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