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Single fille: Elvis

Je lui avais donné rendez-vous dans un bar du centre-ville. Je ne savais pas grand-chose sur lui, sauf qu’il était dans les affaires, qu’il était anglophone et qu’il habitait l’ouest de l’île.

J’avais bien vu une photo de lui sur le site où nous nous sommes contactés pour la première fois. Je dois avouer qu’il n’était pas vraiment mon genre, mais mon genre ayant été plus décevant qu’autrement dans le passé, j’ai donc décidé d’élargir mes horizons. Désormais, je vise la gentillesse et la légèreté. Du moins, pour la base.

Il y a toujours une certaine gêne lorsqu’on rencontre quelqu’un pour la première fois. On s’examine un peu du coin de l’œil. On sourit, on ne sait pas toujours comment casser la glace. Faire face à la vraie vie, ça ne coule pas toujours de source. Il ressemblait à ses photos. C’était un petit monsieur. Veston-cravate et chaussures vernies. Pas mon genre, mais il se présentait bien. C’est lorsque nous avons commencé à parler, une fois que la glace a été brisée, que c’est devenu intéressant. Le gars me racontait ses voyages, ses marathons, sa vie. Il me posait plein de questions sur la mienne. On a parlé de cinéma et j’ai été très étonnée d’apprendre que l’un de ses films préférés était Elvis Gratton de Falardeau. Il m’a parlé de la profondeur de sa critique sociale. Venant d’un anglophone, j’ai trouvé ça surprenant et surtout très intéressant. Je lui ai raconté une soirée mémorable que j’ai eue dans le passé avec ce fabuleux cinéaste. Une soirée où à grands coups de sacrament, il raconta l’histoire du Québec à un artiste européen venu faire des spectacles ici. Une soirée qui restera gravée dans ma mémoire le reste de ma vie.  Mais ce qui me plaisait le plus avec lui (ma date), c’est que nous avions une discussion, une vraie.

Je suis retournée chez moi le pied un peu léger. J’avais passé un magnifique moment en sa compagnie. Allais-je le revoir? Sûrement. Bien qu’au début, je ne trouvais pas qu’il était mon genre, je n’ai pu que constater qu’après cette soirée, après avoir fait la rencontre de son énergie et de ce qu’il est, mon idée avait changé. L’image n’est qu’une photographie d’une certaine réalité. C’est super beau une belle plage ensoleillée sur un fond d’écran, mais il n’y a rien de tel que d’aller la voir en vrai. L’odeur, le vent et le bruit des vagues ajoutent à toute la splendeur du paysage et ça devient encore plus beau.

Le lendemain, j’ai reçu un texto de sa part:

Salut ma Linda, comment qu’à va?

Hein? Ah oui! C’est vrai, la référence à Elvis Gratton… Je lui ai répondu:

Ça va mon cher Elvis. Comment va ton gros garage?

Bon, il m’a trouvée drôle… Je pensais qu’on allait changer de sujet, mais non.

Moé j’ai un garage, un gros garage.

Bon ben écoute… Il se trouvait drôle alors je suis entrée dans son jeu.

OK pas de problème. Quel enregistrement des matchs des Expos veux-tu entendre?

Lui, toujours dans son personnage:

Mets donc la cassette des Cubs de Chicago contre nos Expos!

Nous avons eu un échange surréaliste et puisque mon Elvis ne semblait pas vouloir décrocher de son rôle, j’ai mis fin à la conversation en prétextant que je devais retourner travailler. Il faut dire aussi que j’avais totalement épuisé toutes mes références reliées à ce film culte.

Le lendemain, le même scénario recommença…

Comment qu’à va ma Linda?

Je commençais à trouver ça lourd. Bien sûr, j’apprécie l’humour, mais à un moment donné, peut-on passer à autre chose?

Très bien merci et toi?

Et rebelote, il était reparti.

J’ai essayé de le trouver drôle, mais là, j’avoue ça commençais à m’ennuyer un peu. J’ai décidé d’être honnête et de le lui dire.

Je te trouve vraiment bizarre depuis notre rencontre. T’es comme pas le même gars avec qui j’ai pris un verre. Veux-tu qu’on se revoie? As-tu un malaise? Es-tu correct?

Ben oui ma Linda! Pis avec Groleau, m’a l’avoir mon permis de bière. Yeaaaaaah!

OK, c’était officiel: il me tombait vraiment sur les nerfs… Et la suite fut encore plus irréaliste. Non seulement le monsieur n’a jamais décroché de son rôle, mais il a commencé à fantasmer grave sur Linda. Oui mesdames et messieurs, Elvis a commencé à m’envoyer des sextos! J’aurais pu le barrer de mon cellulaire, mais là j’ai commencé à le trouver vraiment, mais vraiment drôle. Mais pas drôle d’une bonne façon, pas le drôle Je te trouve tellement séduisant. Ton humour me renverse. Non. Le genre de drôle à qui tu as envie de dire: Comment as-tu fait pour en arriver là? Man… t’es d’un pathétisme sans nom.

Notez que je n’ai absolument rien contre les petits textos coquins. Bien au contraire. Ça met du piquant dans une relation, ça accentue la complicité, le fantasme. Mais quand ça vient d’un gars avec qui tu n’as eu AUCUN rapprochement et qui se fait passer pour Elvis Gratton…

Avouez que c’est weird.

Puis c’est arrivé. J’étais dans l’autobus en route vers la maison quand j’ai reçu THE PICTURE… Celle de son engin. Oui, oui. Elvis avait poussé sa luck, jusqu’à m’envoyer une photo de son si précieux appendice masculin, à 18h, alors que j’étais dans un bus bondé d’enfants.

La surprise m’a fait rire fort. Comment un gars a-t-il pu penser 30 secondes que ça me ferait plaisir de recevoir ça. Il a pensé à quoi? Qu’il m’envoyait un cadeau? Que j’allais bondir de joie? Que j’allais me dire Oh j’pense que là, c’est fait, j’ai rencontré l’homme de ma vie! YOU-PE-PI!!!

BEN VOYONS DONC!

Puis il m’a demandé de faire pareil. Il voulait voir mon corps, ma peau, beaucoup de peau. Il voulait que je prenne une photo de moi de ben ben proche. Ben oui mon minou, checke-moi bien aller, je vais te gâter!

Toujours dans le bus, j’ai sorti mon majeur. J’ai pris une photo de mon doigt d’honneur et je la lui ai envoyée avec le message suivant: Voici mon doigt, pris de ben ben proche. Ça te va?

J’ai ri fort. Mais cette fois-ci, c’est parce que je me suis trouvée vraiment drôle.

Je n’ai plus eu de nouvelles d’Elvis.

Ben coudonc.

Je ne comprendrai jamais ce qui est vraiment arrivé. Pourquoi le gars que j’avais rencontré et que j’avais trouvé vraiment intéressant, gentil et léger avait complètement changé. Chose certaine, pour moi c’était finito Elvis Pressssssley! 

Ça vous est arrivé à vous de rencontrer de drôles de personnages?

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