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Single fille: L’arna-cœur


arna-coeur

Après mon aventure sur Tinder de la semaine dernière, j’ai décidé de me mettre sur un site de rencontre traditionnel. Mais cette fois-ci, je me suis donné une règle: aussitôt qu’il y aura un contact sympathique avec un homme, je vais le rencontrer illico. Pas de niaisage, pas de longs discours virtuels. Cette fois-ci, j’opte pour du réel, du vrai!

Mes amies m’ont promis une bouteille de champagne si j’étais capable de rester sur le net une semaine. Je l’avoue, quand j’arrive sur ce genre de site, je freak. Il y a trop de monde, trop de courriels et trop du gros n’importe quoi. Mais, pour des bulles, je suis prête à faire bien des sacrifices. Je me suis donc inscrite, j’ai rempli le formulaire, j’ai mis une belle photo et je suis passée à autre chose en me disant que j’allais y revenir. Le lendemain, j’ai ouvert mon compte et OMG! J’avais reçu au-delà d’une centaine de messages. J’ai commencé à faire le tri et à lire tous les messages en essayant de répondre le plus possible à ceux qui m’avaient écrit. C’est alors que je suis tombée sur un profil sans photo. J’étais suis sur le point de le supprimer (car pas de photo, pas de clavardage) lorsque j’ai vu le message: Bonjour mademoiselle Savard, ça fait longtemps…

Bon OK, c’est qui? On s’entend que sur ce site, où mon identité est cachée sous un pseudonyme, que quelqu’un sache mon nom de famille, c’est assez intriguant. Je lui ai donc demandé: on se connaît?
Il m’a répondu que oui, qu’on s’était déjà rencontrés dans le passé, au début des années 2000, alors qu’il sortait avec une fille qui travaillait dans mon milieu. Ah bon. Il m’a relaté les lieux, les événements. Ça, je m’en souvenais bien, mais lui dans tout cela, il ne me disait rien. Je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas de photo de profil et il m’a raconté quelque chose de nébuleux concernant des sites internet russes qui font de l’hameçonnage. Ah bon.

Nous avons continué à discuter. Il était sympa, un peu trop mystérieux à mon goût, mais bon, si ça l’amusait. Nous choisissons de nous rencontrer dans un bar du Mile-End. Je suis arrivée avant lui pour ne pas avoir à le chercher, mais en même temps, si je l’avais déjà connu, je devrais avoir un déclic, non? Un grand homme s’est avancé vers moi et s’est présenté. Un ange est passé, deux sont passés, et là, j’ai constaté que son visage ne me disait absolument rien. Ben coudonc. Il a commencé à parler. J’ai serré les dents. Non, ça ne ferait pas. Il parlait avec une condescendance sans nom qui pourrait rendre complètement fou n’importe quel intellectuel de gauche. Mais, j’avais commandé un verre et j’ai mis ça sur le fait qu’il devait être nerveux un peu.

Je lui ai demandé d’où il vient. Il m’a répondu qu’il vient d’un bled perdu et que pour sauvegarder sa réputation, il aimait mieux ne pas le dire. Vraiment? J’espérais sincèrement que c’était une blague, mais non. Je lui ai demandé ce qu’il voulait boire. Il a regardé la carte, puis a fait la moue. Il a décidé à contrecœur le verre de vin qu’il allait prendre. Il aurait dû choisir le lieu, car honnêtement, il n’y avait rien, selon lui, de grande qualité à boire dans cet établissement. Chose certaine, le gars qui était assis devant moi ne se prenait pas pour un 7up «flat» et ce n’était PAS une question de nervosité. Je lui ai demandé ce qu’il fait dans la vie et encore là, il est resté évasif. Hé ben. Il s’est mis à parler de lui et je ne me souviens plus trop comment c’est arrivé dans la conversation, mais il m’a amenée sur le sujet dont je déteste le plus parler au monde… c’est-à-dire l’argent. Donc monsieur « expert en finance » est parti sur un long discours pendant deux heures sur les placements, l’immobilier, les REER, les chars et sur un paquet d’affaires que visiblement, il ne possédait pas. J’aurais dû partir, mais je commençais de plus en plus à m’amuser à son détriment. Tout était absurde. En plus, il saupoudrait son discours avec un gallon de «mystère» qui, honnêtement, n’avait rien de vraiment attirant. Si l’adage «la culture est comme la confiture, plus tu l’étends, moins tu en as» existait pour les connaissances personnelles, je compris vite que pour l’argent, c’était carrément la même chose. Notez ici que je me fous de savoir si un gars fait de l’argent ou pas, mais de l’étaler au grand jour, ça m’agace profondément.

Bref, je suis restée deux heures à l’écouter me parler d’argent pour finalement apprendre que pour lui, l’argent n’était pas important. Hé ben. Je ne l’aurais JAMAIS deviné! Je pensais qu’on avait enfin épuisé le sujet quand il me posa LA question: oui, mais toi là, tu fais combien par année?

QUOI???????????

– Euh… Ça ne te regarde pas.
– Pourquoi, moi je m’en fous de toute façon.
– Ben si tu t’en fous, tu n’as pas besoin de le savoir alors. Je n’aime vraiment pas parler d’argent. Si ça ne te dérange pas, on change de sujet?
– Pourquoi tu n’aimes pas ça?
– Parce que ça fait partie de mon éducation. Chez moi, on ne parlait jamais de ça. Et je suis restée de même. Je trouve ça impoli et de toute façon, ça ne regarde personne sauf moi.
– Oh, je commence à comprendre beaucoup de choses chez toi.

D’expert en finance, il est devenu psychologue agréé tentant tant bien que mal de m’analyser sur un propos aussi naturel que les placements (?!?!). Je ne sais pas si c’est son ton pédant qui m’a choquée, mais je commençais à me sentir cheap. Hein? À me sentir cheap? Ben voyons. Il était temps que je quitte avant de virer complètement barjo. Je suis repartie chez moi et dans le taxi, je me suis mise à rire. C’était vraiment n’importe quoi comme rencontre.

Le lendemain, mes collègues m’ont rejointe à mon bureau pour savoir comment ma date avait été. Je la leur ai racontée tout en détail et j’ai même imité son ton condescendant. À ma grande surprise, l’une de mes collègues m’a dit le nom de l’homme que j’avais rencontré la veille. BEN OUI, C’ÉTAIT LUI!!! Puis elle m’a dit: tu ne touches pas à ça!!!! Il a soutiré de l’argent à l’une de mes amies. Un autre collègue a rétorqué: Ben oui! Je le connais moi aussi, ma copine a vécu la même expérience! Ne t’approche plus de lui!!!

Je n’avais pas l’intention de donner suite à cette rencontre de toute façon. Tout était clair à cet effet. La condescendance qui déstabilise pour te rabaisser, le halo de mystère pour se donner de l’importance et tout son discours sur l’argent étaient vraisemblablement des indices qui me démontraient que cet homme n’était pas quelqu’un de vraiment honnête. Si j’avais été le moindrement impressionnable, je serais sans doute tombée dans le panneau moi aussi. Mais ce ne fut pas le cas. Si «l’arna-cœur» voulait mes économies, il avait vraiment, mais vraiment sonné à la mauvaise porte. Ouvrez l’œil avant d’ouvrir votre cœur et votre compte en banque… car oui, malheureusement ça arrive.

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