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Single fille: Princesse à vendre

sylvie-savard-porte

princesses-coverIl y a quelques années, ma sœur Eli m’a offert pour Noël, le livre Princesses de Philippe Lechermeier et de Rébecca Dautremer. C’est un magnifique livre illustré qui raconte les histoires des princesses oubliées ou inconnues. Oui, c’est un livre pour enfant. Ma sœur se trouvait très drôle en me le donnant, mais cela en disait long sur la perception qu’elle avait de moi. Je l’avoue, je suis une princesse. En fait, il y a plutôt une princesse qui vit en moi depuis que je suis toute petite et aujourd’hui, j’ai décidé de la mettre en vente.

On dit que plus une femme prend de la maturité, plus sa princesse intérieure tend à être discrète. Pas la mienne! Il faut dire que je l’ai bien entretenue en lui achetant de temps à autre de belles robes, de belles chaussures, des parfums… Bref, le kit parfait pour être une princesse accomplie. Mais plus ça va et plus je pense que la cohabitation n’est plus possible. Elle prend trop de place. Bien que je la trouve cute quelquefois, d’autres fois, elle me tape vraiment sur les nerfs et m’empêche d’avancer émotivement.

Je n’ai rien contre les princes et les princesses. Enfant, il est vrai que souvent nos histoires en étaient remplies. La divine principesa se faisait toujours sauver par son glorieux et courageux prince. Vous connaissez la suite: ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et furent heureux pour le reste de leur viiiiiiiie. Notre imaginaire était alors comblé et notre sécurité émotive aussi, grâce à ce portrait parfait de l’amour éternel. C’est un peu ça, le problème: l’amour éternel. L’idéal d’un amour lisse, sans montagne russe, sans question. Un amour d’une intensité foudroyante, un amour parfait… sur papier, comme dans le livre offert par ma sœur.

Dans le concept de la principauté inventée règne aussi l’idée que le prince doit répondre aux besoins et aux attentes de la princesse sans que cette dernière n’ait à exprimer ses besoins. C’est un gros contrat ça pour un prince! Et très souvent, il en est incapable. Comment peut-il savoir ce que sa princesse souhaite si elle ne dit rien? C’est ainsi que la frustration émerge en cette pauvre chouette, la rongeant à petit feu de l’intérieur. Elle finit souvent par quitter la relation complètement dévastée, devenant alors plus exigeante encore pour le prochain. Plus elle vit des échecs et plus l’étau se resserre. Incomprise, elle devient un jour détachée émotivement des princes en stand by devant son château.

Ma princesse me met parfois dans des situations embarrassantes. Par exemple, elle adore qu’un homme lui ouvre la porte et m’a donc rendue complètement inapte devant une poignée de porte. Il y a une semaine, je suis allée souper avec un ami. Il est venu me chercher en voiture. Mon premier obstacle? La portière de l’auto. Je devais appuyer sur le bouton et tirer en même temps, ou peut-être pas, mon incertitude offrant un magnifique spectacle à mon ami. Deuxième obstacle : la porte du restaurant. Bon, que dois-je faire? Tirer? Pousser? Même les portes ces temps-ci sont à voile et à vapeur! Une certaine panique s’est installée. Résultat? J’ai reçu la porte sur le front! Après le souper au moment de sortir du restaurant, mon ami m’a laissée passer en avant de lui me donnant ainsi la responsabilité de nous faire sortir de là sans blessure. J’ai poussé, il m’a dit de tirer. Ma princesse a fini par gagner. J’ai dit à mon ami: «Peux-tu nous ouvrir la porte STP? Sinon on ne s’en sortira jamais.» Il a ri fort. Il a trouvé ça mignon. Moi pas. Mon orgueil a été sérieusement piqué. Si ma princesse n’en a pas, moi j’en ai pour deux.

Ma coloc couronnée m’empêche de prendre de la maturité et d’avancer. C’est pour ça que j’ai décidé de la vendre. Quelqu’un en veut? Certes, elle a rempli mon imaginaire de belles images, d’un prince m’aimant pour la vie, de bonheur parfait. Mais ses standards ne sont pas réalistes. Je ne lui mets pas mon célibat sur le dos, car ce serait trop facile de m’en sortir ainsi, mais j’avoue que je me suis souvent servie d’elle comme armure. Nous avons toutes une princesse qui sommeille en nous. Elle est la fière représentante de notre éveil au romantisme, mais l’équilibre entre rêve et réalité est primordial. C’est pourquoi elle doit rester bien à sa place et ne pas prendre les devants de la scène, au risque de vous faire prendre une débarque de la réalité. Parce que j’ai fini de jouer les seconds violons, je l’offre au plus offrant. Je prends maintenant le contrôle de mes rêves, de mes attentes et bien sûr, de mes très chères poignées de porte!

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