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Thérèse Casgrain, l’héroine en collier de perles

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D’hier à aujourd’hui, le Québec compte des centaines d’héroïnes qui ont fait de notre terre une des plus fertiles à tous les niveaux. J’adore lire sur ces marginales. Un de mes livres préférés est Elles ont fait l’Amérique (voir mon coup de coeur à ce sujet ici) de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, mais cette année, l’histoire de Thérèse Casgrain racontée par Nicolle Forget dans La gauchiste en collier de perles, m’a captivée, d’autant plus que nous célébrons le 75e anniversaire du droit de vote des femmes aux élections provinciales. Madame Casgrain s’est battue pendant plus de 20 ANS pour faire reconnaître ce droit au Québec et est un des meilleurs exemples de persévérance.

Imaginez… C’était écrit noir sur blanc dans l’article 29 de la loi électorale : «Aucune personne n’aura le droit de voter, si elle n’est pas de sexe masculin». On a tout fait pour ralentir la demande de l’audacieuse et de son équipe. Pendant des années, on les a fait attendre dans les corridors, repoussées des rencontres, créé des commissions (et les commissions, on sait que ça prend du temps)! Pour certains, le féminisme était «une maladie qui a besoin d’être guérie par d’autres œuvres que celles de la politique» et les hommes qui les appuyaient le faisaient quelques fois anonymement tellement la cause était délicate.

Pendant cette longue épopée, Thérèse Casgrain exigera non seulement le droit de vote au provincial, mais aussi le droit d’éligibilité (le pouvoir se présenter aux élections), celui de siéger au conseil municipal, et l’accès à la pratique du droit et de notariat (même si on les admettra au départ à la pratique de la comptabilité), sans compter une des plus importantes revendications, celle du salaire minimum des femmes au travail.

Nicolle Forget rappelle dans le livre fascinant La gauchiste en collier de perles, que Thérèse Casgrain a fait toute la différence au monde pour la femme mariée, qui demeurait jusque-là une incapable au sens législatif. À l’époque, elle devait remettre son salaire à son époux qui pouvait en disposer à sa guise (l’investir mais aussi le boire, le jouer, entretenir une maîtresse).

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Quand elle demandait une proposition d’amendement à une loi pour que la femme puisse, comme son mari, demander la séparation de corps pour cause d’adultère, les commissaires invoquaient en réponse : «Bien qu’en fait la blessure faite au cœur de l’épouse n’est pas généralement aussi vive que celle dont souffre le mari trompé par sa femme. Il peut être mal aisé d’expliquer, en raison pure, cette différence de sentiments, mais c’est justement que le cœur a ses raisons…».

Arthur Bélanger, député libéral dans Lévis, suggérait au mieux d’électrifier les maisons dans les campagnes pour permettre aux femmes de mécaniser le lavage, le repassage etc. Qui serait un meilleur moyen de leur venir en aide que de leur permettre d’exercer un droit qu’elles ne veulent pas.

C’est un 25 avril 1940, sous le gouvernement libéral d’Adélard Godbout, que la loi fut adoptée à l’Assemblée nationale. Thérèse Casgrain s’est lancée par la suite en politique et a terminé sa carrière publique comme sénatrice. Décédée en 1981, les hommages à la femme ne furent jamais égaux à son leg : le Prix Thérèse-Casgrain du bénévolat, créé en 1982, fut aboli par le gouvernement Harper en 2010 et son portrait sur les billets de 50$ a également été retiré en 2012 par le même gouvernement, pour faire place à l’image d’un briseur de glace.

Rassurez-vous! Le gouvernement du Québec honore aujourd’hui même en ce 75e anniversaire, la mémoire de Thérèse Casgrain en reconnaissance de son engagement et de ses actions, en renommant le Prix Égalité « Prix Égalité-Thérèse Casgrain ». Les parcours des pionnières du mouvement féministe québécois à l’origine du droit de vote des femmes, soient Mmes Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et Idola Saint-Jean, ainsi que Mme Marie-Claire Kirkland, première femme élue et nommée à un poste ministériel sous le gouvernement libéral de Jean Lesage, ont également été soulignés.

« Je souhaite que les Québécoises soient encore plus nombreuses à nous représenter à l’avenir, puisqu’elles n’ont jamais occupé plus de 33 % des sièges à l’Assemblée nationale. En effet, collectivement, nous gagnons à les voir prendre la place qui correspond à leur réelle contribution au sein de notre société », a conclu la ministre Stéphanie Vallée, ministre responsable de la Condition féminine.

Voilà un message clair! Source: premier-ministre.gouv.qc.ca

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