Culturel

Tinder

tinder_cover

L’automne tire à sa fin et ça se sent. L’hiver arrive à grands pas. Celui-là même qui, avec son manteau blanc et réconfortant, te donne envie de rester chez toi et d’hiberner bien au chaud. L’hiver me fait toujours un peu peur, car j’ai tendance à m’isoler. Le goût de partager ma vie avec quelqu’un devient un projet de second plan. Je reçois moins de lumière et j’ai donc moins d’énergie pour briller. Mon envie de séduire dégringole au même rythme que les degrés sur le thermomètre. C’est mon passage à vide annuel, le moment de l’année où j’espère sans rien faire, le moment où le cœur n’y est plus.

L’an dernier, à cette même période, je me suis mise sur Tinder pour trouver l’âme sœur. Grâce à cette application, je pouvais parler à plein d’hommes dans le confort de mon salon. Pas besoin de sortir, pas besoin de me mettre belle, pas besoin de faire l’étalage de toutes mes qualités afin que la personne devant moi me trouve intéressante. C’est une solution que je trouve moins essoufflante, car vous ne le savez peut-être pas, mais dater à répétition, ça finit par nous blaser et quand tu commences à être blasé, mieux vaut laisser tomber. Oui, j’ai opté pour la loi du moindre effort. Tu swingues à droite si tu trouves le gars cute ou à gauche si la photo (le gars) ne t’allume pas. C’est fou comment Tinder a révolutionné la recherche de partenaire. Mais tout est basé sur une bonne photo. Pour ce qui est du contenu, eh bien tu peux souvent être très déçue. Il serait sans doute intéressant de faire une étude anthropologique sur le sujet.

sylvie-une

Question de faire le tri comme il se doit, j’envoie à gauche tous ceux qui sont posés torse nu, tous ceux qui semblent ne faire QUE du sport et tous ceux qui se prennent en photo cellulaire à la main dans le miroir de leur salle de bain (POURQUOI VOUS FAITES ÇA???). Il me reste les photos dans le char (je ne sais pas pourquoi, mais presque tous les hommes se font poser au volant de leur voiture), celles où ils sont au cellulaire (ENCORE POURQUOI?), celles avec une bière ou celles avec leurs enfants. 95% du temps, tu glisses vers la gauche. Le tri se fait donc assez rapidement. Ça se fait tellement vite que des fois, le temps que tu te dises «Hey, il est cute lui!», il est déjà trop tard. Ton doigt l’a refusé. Mais bon, c’est la vie. Il y en a d’autres de toute façon. Ça vous semble superficiel? Ce l’est. Tinder est à l’amour ce que McDonald’s est à la haute gastronomie. C’est rempli de calories vides, de gras trans et après ingurgitation, tu as faim une heure après et tu souffres d’un léger mal de cœur.

Mais des fois, ça marche. Il arrive que des conversations prennent forme. J’ai d’ailleurs une amie qui va se marier le printemps prochain grâce à cette application et une autre qui a fêté son premier anniversaire de couple cette semaine. Donc oui, ça arrive.

C’est ainsi que je suis tombée sur ce beau bonhomme. Sa photo est belle. Elle n’en montre pas beaucoup, mais juste assez pour laisser supposer que c’est un bel homme. La photo est artistique, ça vient chercher en moi la fille qui travaille dans le domaine des arts. Ça commence bien.

On a commencé à discuter sur l’application. De longues conversations. Mais ça devenait ardu et finalement, d’un commun accord, nous avons décidé d’aller plus loin et sommes devenus amis sur Facebook. Ça, c’est beaucoup plus intime. Il a maintenant accès à mon univers, à mon sens de l’humour quotidien et à mes états d’âme. On parle tout le temps. Il est philosophe, donc les conversations sont aussi profondes qu’intéressantes.
Mon nouvel ami virtuel veut y aller lentement. J’acquiesce, parce que c’est l’hiver et que moins je fais d’efforts, mieux je me porte (je sais, c’est une raison bidon!).

Ça fait plusieurs semaines que nous communiquons par Messenger. C’est con, mais il commence à faire vraiment partie de ma vie. Je lui raconte tout. Il fait de même. Mine de rien, je commence à voir poindre des sentiments à l’horizon. Je pense toujours à lui, à ce qu’il dirait s’il vivait telle ou telle situation. Notre relation virtuelle devient de plus en plus intense. C’est cool, mais à un moment donné, il faut passer à l’étape suivante, celle de la rencontre. Cette étape-là m’effraie tellement!!! J’ai peur que la magie ne soit pas au rendez-vous.

On décide d’abord de s’appeler. Je fais les premiers pas.

Au bout du fil, j’ai un gars qui me répond sèchement. J’essaie de faire de l’humour. Il ne rit pas. Je n’aime pas sa voix. Elle est nasillarde, un peu pressée. Le gars semble avoir envie d’être partout sur la planète sauf en ligne avec moi.

Première déception.

Il me réécrit plus tard dans la soirée. Il me dit qu’il ne se sentait pas prêt. Il s’excuse.
Moi, je commence à être un peu à bout de partager ma vie avec un gars virtuellement. J’ai besoin d’un peu plus. J’ai besoin de sa présence autrement que par mon forfait Internet chez Vidéotron.
Je lui lance un ultimatum: On se voit, sinon j’arrête tout cela. Il y a toujours ben des limites à ce que l’imagination peut offrir…

On se donne rendez-vous dans un bar du Plateau. Je suis super nerveuse. J’ai peur de ne pas être à la hauteur, j’ai peur qu’il me trouve ordinaire, j’ai peur qu’il ne me trouve pas intéressante.

Et pourtant…

Je le vis.

Deuxième déception.

Le gars est un pro de Photoshop, car ce que j’ai devant moi n’a rien à voir avec les photos que j’ai vues sur Facebook et Tinder ni avec l’image que je m’étais faite de lui.

Merde, je suis tombée dans le panneau. Je suis tombée sur le gars qui sait parler aux femmes et qui espère sans doute en séduire une virtuellement avant qu’elle ne puisse voir qu’il est chétif, boutonneux, édenté et qu’il a les cheveux gras. Il n’a pas été honnête. Je suis non seulement tombée dans le panneau, mais aussi dans le cliché.

Je veux qu’on s’entende sur une chose, le physique n’est pas tout ce qui m’importe. Un homme doit m’attirer dans son ensemble, avec sa tête, son cœur et bien sûr, son corps aussi. J’aime l’idée que la beauté est dans les yeux de celui ou celle qui regarde. Je crois au proverbe qui dit que «La beauté n’apporte pas à dîner». Sauf que… Cette fois-ci, je préfère rester sur mon appétit.
J’ai eu ma leçon. Je ne correspondrai plus jamais une éternité avec un homme avant de le rencontrer. La prochaine fois, je braverai l’hiver, quitterai mon nid douillet et j’irai voir. Ne dit-on pas qu’une image vaut mille mots?

Partager cet article

Vous aimerez également