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Traiter l’insomnie par la thérapie

Il n’y a rien de pire que d’avoir besoin d’une bonne nuit de sommeil et ne pas être capable de s’endormir! L’insomnie ne fait pas juste voler le sommeil – elle vole aussi une bonne journée. Au fil du temps, elle vole carrément la santé!

LE SOMMEIL, UN SUJET SÉRIEUX À L’UNIVERSITÉ CONCORDIA

Nous avons parlé avec Dr Jean-Philippe Gouin, un psychologue clinicien et professeur de psychologie à l’université Concordia. Il mène présentement une étude qui évalue l’impact d’un traitement psychologique de l’insomnie sur la santé. Voici nos questions et ses réponses.

Près de 3,3 millions de Canadiens ont du mal à s’endormir ou à rester endormis. Autrement dit, ils souffrent d’insomnie. D’après vous, pourquoi est-ce que tant de Canadiens ont des troubles du sommeil?

L’importance du sommeil est maintenant davantage reconnue, non seulement par la communauté scientifique et médicale, mais aussi par le grand public. De plus en plus de Canadiens réalisent que les perturbations de leur sommeil peuvent jouer un rôle capital dans leur santé physique et mentale. Il y a donc un phénomène de prise de conscience par le public.

En outre, plusieurs facteurs contribuent à l’insomnie. Le stress, un horaire d’éveil et de sommeil irrégulier, une personnalité perfectionniste, une maladie chronique, la douleur et certaines habitudes de vie comme la consommation excessive de caféine ou d’alcool ou passer trop de temps au lit sans dormir peuvent augmenter les risques d’insomnie. Ces risques varient d’un individu à l’autre.

Il est possible que notre mode de vie contemporain favorise certains de ces facteurs de risque, et contribue ainsi à l’ampleur des problèmes de sommeil.

La tendance #HealthyLifestyle fait fureur dans les médias sociaux. Par exemple, sur Instagram, on peut trouver des millions de gens qui partagent de jolis photos de leurs bols de smoothie ou des vidéos de leurs programmes d’entraînement (#fitnessgoals!). Pourtant, aucune référence à la routine du coucher! Quel est le rôle du sommeil dans le bien-être physique et psychologique?

Un bon sommeil est essentiel pour une bonne santé physique et psychologique. Les études scientifiques montrent que l’insomnie est l’un des facteurs de risque les plus importants de la dépression. De plus en plus d’études montrent également que l’insomnie est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires. Ici, il est aussi important de distinguer l’insomnie, la difficulté à s’endormir et à rester endormi, du manque d’opportunité de sommeil, c’est-à-dire ne pas rester assez longtemps au lit pour soulager notre besoin de sommeil. En plus de l’insomnie, le sommeil trop court augmente le risque de développer des maladies chroniques et nuit à la mémoire, à la concentration et au bien-être psychologique. On n’est jamais gagnant à long-terme de couper dans le sommeil.

UNE OPTION AUX SOMNIFÈRES

Les somnifères sont le principal mode de traitement pour l’insomnie au Canada. Par contre, l’utilisation des somnifères n’est qu’une solution à court terme, en raison de leur perte d’efficacité avec le temps et le risque de dépendance. Quelles autres options s’offrent à ceux qui souhaitent améliorer la qualité de leur sommeil?

La thérapie cognitivo-comportementale est le traitement de choix pour l’insomnie chronique. Cette thérapie vise à changer les comportements et les pensées par rapport au sommeil et à la fatigue qui perpétue l’insomnie. Par exemple, il n’est pas rare que les insomniaques fassent de longues siestes en fin d’après-midi ou en début de soirée parce qu’ils se sentent épuisés. Bien que cette stratégie soit efficace pour réduire la fatigue à court terme, elle maintient l’insomnie à long-terme. Le but de la thérapie est donc d’identifier les comportements qui sont contre-productifs et de trouver un horaire d’éveil et de sommeil qui convient à la personne. Environ 80% des patients qui suivent cette thérapie observent une amélioration importante de leur sommeil. Un grand avantage de cette thérapie est que les gains thérapeutiques se maintiennent sur plusieurs années.

Quels sont les dangers réels des somnifères?

L’utilisation des somnifères est appropriée pour le traitement à court terme de l’insomnie, c’est-à-dire durant quelques semaines. Toutefois, l’utilisation chronique de somnifères n’est pas recommandée. Les gens développent souvent une dépendance ainsi qu’une tolérance au médicament, ce qui veut dire que l’efficacité diminue avec le temps. L’un des effets secondaires importants des somnifères est la somnolence résiduelle. Même sortis du lit, les patients se plaignent de ne pas être complètement éveillés. Les gens rapportent des difficultés de concentration et de mémoire. L’utilisation de somnifères est associée à un risque plus élevé de chute, particulièrement chez les personnes âgées.

Vous faites une grande étude sur l’insomnie. De quoi se plaignent le plus souvent vos patients?

Humeur irritable, difficulté à se concentrer, moins de motivation pour les activités sociales, douleur dans tout le corps, manque d’énergie et une apparence vieillie et fatiguée sont des plaintes fréquentes.

UNE ÉTUDE POUR DORMIR SUR SES DEUX OREILLES

Seriez-vous intéressé(e) de participer dans une étude portant sur l’impact d’un traitement de l’insomnie ? La participation implique un programme de thérapie de groupe gratuit de 8 semaines, ainsi que des évaluations complètes du sommeil.

Vous êtes peut-être éligible si:

  • Vous avez de la difficulté à vous endormir, ou à rester endormi
  • Vous ne souffrez pas de troubles de sommeil autres que l’insomnie (par exemple, apnée du sommeil)
  • Vous ne travaillez pas durant la nuit
  • Vous n’êtes pas enceinte ou en train d’allaiter.

Si vous êtes intéressé, n’hésitez pas à contacter l’équipe de recherche par écrit (insomnia.concordia@gmail.com) ou par téléphone au 514-848-2424 poste 2284.

 

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