Style / Beauté

Une semaine de pur bonheur à la Semaine de la mode de Paris

Lorsque j’étais adolescente, j’étais tellement obsédée par le domaine de la mode que je rendais mes amies folles. Je lisais le Vogue et je rêvais d’habiter les mondes merveilleux de ces pages stylisées mémorablement par Grace Coddington. J’ai déjà regardé une photo en noir et blanc du photographe Patrick Demarchelier dans Harper’s Bazaar pendant 10 minutes parce que j’étais époustouflée par son talent pour les cadrages inhabituels. Je lisais religieusement la lettre de l’éditrice rédigée par Anna Wintour et j’étais toujours impressionnée qu’elle traite de la mode comme si c’était aussi important que la politique, si ce n’est pas plus parce qu’elle reflète notre époque, le moment présent et donc qu’un changement constant est nécessaire.

Je connaissais le nom de chaque mannequin et j’espérais avoir un jour leur vie. J’ai essayé d’être mannequin, mais peu importe combine de poids je perdais, on me demandait d’en perdre plus. J’ai abandonné et j’ai choisi la nourriture. Je me suis réorientée et j’ai étudié le théâtre au cégep pendant 4 ans. J’aimais le défi que représentait ce travail; combiner mon imagination à l’incroyable scénario de la pièce. J’aimais raconter ces histoires et plonger dans d’autres époques et pays que je n’avais jamais vus. J’aimais la façon dont on pouvait développer un personnage et comment les costumes lui donnait vie. J’aimais tout ce qui entourait les premières; la dernière répétition qui était toujours un cauchemar, mais le spectacle qui allait toujours bien, comme par magie. J’entendais mon cœur battre dans mes oreilles. J’ai aussi abandonné cette carrière parce je ne vivais pas bien avec le rejet. Ce ne fut pas une décision facile, mais je me suis brisé le cœur pour le protéger.

Pendant toute mon adolescence, j’ai rêvé de fêtes glamour à des endroits majestueux comme Paris et j’étais si emballée à l’idée à l’idée d’y aller un jour que je m’endormais le sourire aux lèvres. J’ai toujours eu beaucoup d’imagination.

J’ai ensuite étudié en communications à l’université. Une fois diplômée, j’ai acheté le matériel de photographie que nous utilisions en classe et j’ai été brièvement photographe de mode. Cette fois, j’ai réalisé que je ne pouvais pas absorber le coût de l’équipement et j’ai finalement décidé de me trouver un «vrai» emploi.

Depuis, j’ai appris que vivre dans le «vrai» monde a ses avantages et aussi que tu peux sortir la fille de la mode et du théâtre, mais pas sortir la mode et le théâtre de la fille. Une fois qu’ils ont fait le chemin à l’intérieur de nous, ils sont là pour toujours. Ils font partie de qui nous sommes. Ils sont comme le chant des sirènes qui nous appelle et ne peut être ignoré. C’est une passion qui doit être assouvie, même si c’est de manière différente.

J’ai une amie talentueuse qui a dédié sa créativité et sa vie professionnelle à la mode. Elle a un attrait particulier pour la confection du vêtement et son aspect durable. Elle a dessiné ses propres collections. Elle est déménagée à Paris il y a un an et y est restée 8 mois avec son mari et ses deux enfants. C’est une ville très chère. Elle a entrepris une carrière de photographe de rue pendant cette période et a découvert sa vocation. Elle a appris les bases du métier, comment trouver les défilés de mode (l’endroit reste secret à ceux qui n’ont pas de billet) et comment naviguer dans le métro de Paris (avez-vous déjà vu la carte?). Dans la vingtaine, nous parlions souvent du jour où nous allions voyager ensemble devant trop de verres de rouge. Ce grand jour, il est arrivé. Elle et moi avons passé la semaine dernière à la semaine de la mode de Paris, courant d’un défilé à l’autre pour photographier le spectacle avant le spectacle.

Récapitulation pré et post défilé Dries Van Noten par Tim Blanks.

Le spectacle de l’avant défilé a un goût de théâtre pour moi. Les détenteurs de billets affluent comme des oiseaux rares que les photographes tentent de capter. Lorsque tout le monde est entré, le spectacle est déjà terminé! D’autres photos sont prises encore à la sortie. C’est un peu comme un cirque parfois, surtout si une vedette du rock ou un mannequin populaire est présent. Les policiers n’entendent pas à rire et mes pieds sont encore blessés d’avoir été écrasés à de multiples reprises. Et je souffre de TPTM (trouble post-traumatique de la mode) d’avoir été poussée par une barricade alors que je riais de l’absurdité de la situation. Mais je voulais être près de l’action et c’est le prix à payer.

C’est un étrange sentiment d’être voyeur que d’attendre pour photographier des étrangers, mais c’était impensable pour moi de ne pas le faire. Ça fait partie du jeu auquel nous jouons tous. Comme l’a dit Karl Lagerfeld, « La mode est un jeu auquel on doit jouer sérieusement». Pourquoi le faire sinon?

J’aimerais dire pour mon portefeuile que c’était juste correct, et que nous avons eu un moment difficile, mais je ne peux pas. Nous avons été à une fête d’après défilé et dansé toute la nuit au son des meilleurs dj que j’ai jamais entendus.

La fête après le défilé Jacquemus le soir et l’avant défilé de Dior le jour.

Nous avons vu tout le monde. C’était la folie tous les jours. Les vêtements, les cheveux, les accessoires, wow! Et le décor des défilés. À celui de Saint-Laurent, nous pouvions entendre la musique, voir les mannequins défiler sur la passerelle et regarder la tour Eiffel briller sous la lune blanche. J’en ai eu les larmes aux yeux. Comme si ce n’était pas déjà assez, un carrousel tout allumé tournait près de la scène.

Le défilé Saint-Laurent, Lenny Kravitz et la tour Eiffel.

Anna Wintour et Grace Coddington m’ont souri. (OK, je ne suis pas certaine Anna puisqu’elle portait des lunettes de soleil foncées, mais lorsque je lui ai demandé ce qu’elle avait pensé du défilé de Nina Ricci, je l’ai vue sourire d’un millimètre.)

Anna Wintour et Grace Coddington à l’extérieur du défilé de Nina Ricci.

Patrick Demarchelier est passé à côté de nous… deux fois! J’ai fait un selfie avec Claudia Schiffer. Naomi Campbell avec sa magnifique chevelure noire était à côté de moi lorsqu’elle a passé la sécurité. Oui, nous avons été poussés par des barricades policières pour laisser passer Lenny Kravitz qui avait refusé de passer par la porte d’entrée. Mais nous avons survécu. Nous avons vu les jambes de faon d’Amber Valetta, Courtney Love et sa fille, la petite Chloë Sevigny, l’adorable Olivia Polermo et tous les blogueurs qui font une incroyable différence dans le monde de la mode. Puis nous allions boire un verre de champagne à notre café préféré ou trop de rosé près de la seine. Nous nous sommes épuisées, mais nous nous levions tous les matins, prêtes à recommencer. Vive le café au lait!

Voici comment ça se passe lorsque Claudia Schiffer arrive au prédéfilé Balmain au cours d’une grève.

J’ai autrefois rêvé que je photographiais Claudia Schiffer assise sur une roche recouverte de mousse, en Irelande, avec ma caméra Hasselblad. Je pouvais seulement me permettre d’en louer une. J’étais à ce point fascinée. La voir arriver au milieu de la foule à Paris et au prédéfilé de Balmain était surréel et tellement excitant pour l’ado qui est toujours en moi.

Je crois que c’est l’adolescente de 15 ans en moi qui courait d’un défilé à l’autre la semaine dernière. J’étais comme une enfant que l’on emmène pour la première fois au magasin de bonbons.

Ce fut peut-être ça, ma plus grande joie. Être réunie avec l’enfant en moi, une très jeune personne remplie de rêves, vivant ses fantasmes mode tout en étant un adulte dans ce monde de fou. On se retrouve très peu souvent dans cette bulle. J’ai vécu une semaine emballante à voir des légendes, des vedettes et la mode qui pour moi est de l’art. J’ai pu saisir ce moment et prétendre que j’allais tout garder.

Le défilé d’Isabel Marant en soirée. Les accessoires les plus brillants et un bonne nuit de Sofia Sanchez de Betak.

Merci à Suzanne Bateman d’avoir partagé notre rêve et à nos maris qui se sont occupés de tout en notre absence. Merci à nos amis qui nous appuyés généreusement. J, tu es un véritable prince.

Moi et Claudia

Texte, photos, vidéos et production par Angelique Gay.

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